Les élections législatives en Algérie du dernier 10 mai, validant l’élection des 462 membres de l’Assemblée Populaire Nationale, ont vu la participation de 42,36% de la population totale. Le Front de Libération Nationale (FLN) a obtenu 220 sièges et, additionnés aux 68 remportés par le Rassemblement National Démocratique, formé d’une aile du même FLN, on obtient 288 sièges sur 462. Les listes islamiques, toutefois, n’ont pas réussi à grimper au pouvoir: l’Alliance de l’Algérie Verte (composée du Mouvement Social pour la Paix, le Mouvement du Renaissance Islamique et le Mouvement pour la Réforme Nationale) a conquis seulement 48 sièges et le Parti de la Justice n’a pas eu le succès escompté, obtenant seulement 7 sièges. Cependant, malgré la présence de nombreux observateurs internationaux, les listes islamiques ont dénoncé des irrégularités dans le processus des élections. Si c’était vrai, la situation politique du Pays nord-africain pourrait dégénérer même si cette hypothèse peut être écartée pour le moment. Pourquoi?
« Mille ans de tyrannie valent mieux qu’une minute d’anarchie »[1]. Ce précepte issu d’une doctrine politique de l’islam interdisait le recours à la force contre un pouvoir, même impie ou autoritaire. « Le prince était alors le garant de l’ordre social[2] ». La légitimité des pouvoirs en place se fondait sur ce précepte mais aussi sur un nationalisme arabe instrumentalisé par ces régimes autoritaires. La Naqba et le panarabisme ont permis aux régimes autoritaires de resserrer sous leur joug une identité plus ou moins commune forgée par défaut contre un ennemi commun, Israël. Dans ce contexte, la menace était extérieure, elle apparaissait sous la forme diluée de l’impérialisme ou du sionisme. Or la menace contre ces pouvoirs en place depuis plusieurs décennies s’est intériorisée au sein des sociétés. La gabegie, le clientélisme, la concentration des pouvoirs, le règne de la force furent les principales raisons des soulèvements de l’année 2011. L’hostilité prit corps au sein même des sociétés.
17 mai 2012
La logique apparente voudrait que la vague des révoltes, puis des « révolutions » (thawrat) arabes qui ont vu des régimes alliés des Occidentaux renversés – avec la « révolution du jasmin » dans la Tunisie de Ben Ali, la « révolution du papyrus » dans l’Egypte de Moubarak, voire la « révolution de la jeunesse » dans le Yémen d’Ali Saleh – soit profitable géopolitiquement parlant à l’Iran. En contrepoint d’une lecture quelque peu hâtive des occidentaux[2], Téhéran s’est d’ailleurs empressée de considérer que lesdites révolutions arabes s’inscrivaient dans une dynamique de « révolution islamique mondiale ». Mais la situation régionale de l’Iran paraît moins solide qu’il n’y paraît de prime abord compte tenu à la fois de la déstabilisation depuis mars 2011 du régime syrien alaouite devenu le maillon faible d’un « croissant chiite » en voie de constitution depuis 2003 et de l’isolement renforcé du pays en raison des différents trains de sanctions adoptés pou contraindre Téhéran à revenir sur son programme nucléaire controversé. La question demeure donc posée de l’identité intrinsèque de ces révolutions.